Semur-en-Auxois
Émergeant d'une boucle de l'Armançon, Semur-en-Auxois se découvre fièrement dressée sur son plateau de granite rose.
La ville se situe dans la plus vaste des 4 vallées formant le pays d'Auxois, au carrefour des contreforts du Morvan, des plaines du Châtillonnais et des abords de l'Autunois.
Lieu d'habitation séculaire, la légende raconte que Semur fut bâtie par Hercule lors de son retour d'Espagne.
Au fil des siècles, Semur se développe à tel point, qu'en 1276 elle bénéficie de sa charte d'Affranchissement octroyée par le Duc de Bourgogne : Robert II.
La ville prend toute son ampleur au milieu du XIVème siècle, au moment de la guerre de Cent Ans, quand on décide de renforcer les fortifications naturelles du site par des enceintes essaimées de tours et par un imposant donjon scindant directement le château et le bourg.
Place forte de l'Auxois, Semur est fidèle aux Ducs de Bourgogne, au point de s'opposer à l'autorité royal. Une position qu'elle paie au prix fort quand en 1478, les troupes de Louis XI investissent la ville.
En 1589, Semur connait son ultime siège. Durant les guerres de la Ligue, la ville sera soumise par le maréchal de Tavannes. Henri IV décide du démantèlement des fortifications dans une ordonnance de 1602.
La ville perd sa vocation défensive pour devenir la capitale du baillage d'Auxois, avec tout ce que cela comporte comme prérogatives (présidial, grenier à sel...).
Le rayonnement de la ville est indéniable tant au niveau politique, religieux, qu'économique; ces trois pôles de la société ont stigmatisé l'espace et sont clairement visibles dans le bâti de la ville, avec son quartier de belles demeures, sa collégiale, ses petites propriétés s'accrochant aux courbes abruptes et harmonieuses du promontoire granitique et allant s'épanouir autour des berges de l'Armançon.
Rue Buffon
Cette avant porte percée de bouches à feu, construite au XVème siècle est d'un certain esthétisme avec ses trois rangées de corbeaux.
Un peu plus loin nous nous trouvons rue Buffon face à la porte Sauvigny.
Construite vers 1447, on peut encore voir les rainures où venait se loger les bras du pont - levis qui enjambait un fossé.
A côté, on voit également l'emplacement de la passerelle pour les piétons et qui débouchait sur une porte à pied droits chanfreinés situés entre les deux édifices. Cette porte abritait dès la fin du XVème siècle, l'auditoire de la cour du baillage; malgré sa fonction défensive elle est d'une certaine élégance avec ses tours à poivrières. On peut également y admirer les armoiries de la ville: la couronne ducale rappelle que Semur était rattaché au Duché de Bourgogne, quand à l'imposante tour, elle évoque le rôle défensif de la ville.
Sur la voûte entre les deux portes, on peut lire la " devise " des Semurois ("les Semurois se plaisent fort en l'accointance des estrangers"), la phrase est issue de la Cosmographie Universelle de F. de BELLEFOREST en 1575.
Puis nous passons sous la porte Guiller, qui était avant la construction de la porte Sauvigny, l'entrée la plus importante du Bourg. Elle porte le nom d'un riche bourgeois vivant à Semur au début du XVe et est connue sous ce nom dès 1411.
Le bâtiment fait preuve d'une certaine austérité, les seuls ornements étant les fenêtres géminées à colonnettes sculptées soutenant des linteaux trilobés et les têtes de soutènement à chaque étage.
A l'angle, se cache une étrange sculpture grivoise mêlant de façon coquine les formes d'une sirène et des attributs masculins.
On peut voir une belle tour à pans abritant des escaliers, avec ses tuiles vernissées ; cette tour Renaissance a servit d'habitation aux Gouverneurs de Semur avant qu'ils ne se délocalisent dans le château.
Sur la façade on peut encore lire l'ancien nom de la rue, donné en 1791 au moment de la Constitution : rue Jean-Jacques.
En face, une belle tourelle d'escaliers datant du XIIIe et sur la poutre apparaissent deux têtes sculptées : Jean qui pleure et Jean qui rit autrement dit la pluie et le beau temps.
En regardant la rue Buffon, on peut voir une façade en pierre de tuffeau, matériau relativement rare dans la région.
En se retournant, on peut admirer un cadran solaire sur une façade et à côté une sorte d'ostensoir dessous lequel est écrite une phrase en latin disant que « le soleil brille pour tout le monde ». De l'autre côté on peut voir un puits surmonté de belles ferronneries.
Quartier riche si l'on observe le bâti.
En effet, les maisons sont en belle pierre de taille datant de la Renaissance et du XVIIIe et les lucarnes artistiquement ouvragées, différentes d'une maison à l'autre. Certaines bâtisses ont encore de remarquables gargouilles.
Sur un linteau de porte on peut encore lire une inscription : « Endurer et espérer. 1577 ».
Nous arrivons devant des maisons à pans de bois où maisons à colombages. Faites de torchis ( mélange paille+ terre) et de poutres en bois reposant sur des encorbellements en bois comme par exemple la maison n°26ou en pierre comme au n° 28, les rez-de- chaussée sont en pierre de taille. Il reste peu de maisons à colombages à Semur car en 1593, un terrible incendie détruisit 270 maisons.
Sur la droite, se trouve le « Logis du Roi » nommé ainsi par la tradition assurant que le roi Henri IV y aurait passé une nuit lors de son passage à Semur en 1602 et dont la date est gravée au-dessus de la porte.
En 1561, ce bâtiment servait d'auditoire pour rendre la justice et fût successivement occupé par le bailliage, le présidial érigé en 1696, le tribunal de district et jusqu'en 1844 le tribunal de première instance. Considérablement remanié au cours du temps , sa façade a conservé peu de traces de son architecture d'origine.
Rue Varenne
En 1791 au moment de la Constitution, on l'appela « rue du Nord » ainsi qu'on peut encore le lire dans la pierre à l'intersection, tout comme on voit encore " rue Jean-Jacques" indiquant l'actuelle rue du Renaudot.
Dans une niche se trouve une statue d'un Saint Jean- Baptiste
sur laquelle il reste encore des traces de polychromie et à côté une figurine en pierre, ancien socle de statue.
Place du Vieux Marché
Le Donjon
L'époque de sa construction reste assez floue mais cependant on peut retenir l'hypothèse de Viollet-le-Duc qui fait remonter l'édification du Donjon au XIIIe, en effet quand en 1354 on fait réparer une partie des murs, le donjon existe depuis déjà un certain temps, peut-être depuis1276 date de la Charte d'Affranchissement de Semur et on peut penser que le Duc a continué à affirmer une certaine autorité sur la ville par le biais du Donjon.
Composé de quatre tours imposantes tant par leur hauteur que par leur largeur dont la plus importante est la tour Lourdeaul devenue tour de l'Orle d'Or avec ses 42 mètres de haut et ses murs de 5 mètres à la base et de 2.15mètres au sommet . C'est la tour maîtresse de l'ensemble car elle servait également de voie d'accès entre les quartiers de l'Armançon ( rue des Vaux) et le Donjon et le Bourg.
Très célèbre pour sa lézarde , de nombreuses légendes tentent de lui donner une explication. C'est tout simplement en 1602 le démantèlement des courtines qui provoqua cette lézarde.
Actuellement la tour de l'Orle d'Or est le siège de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de Semur et abrite un petit musée rassemblant diverses collections se visitant du 01 Juillet au 31 Août.
Quand le Donjon perdit sa fonction défensive, cette tour devint une prison jusqu'en 1860. C'est pour cette raison qu'il s'y touve encore accolé un morceau de courtine bien conservé servant de corps de logis aux gardes.
Derrière le théâtre se trouve la tour Margot. Ancien grenier à sel du bailliage d'Auxois, elle servit également d'entrepôt pour l'artillerie du Donjon. Cette tour actuellement utilisée comme magasin à décors pour le théâtre.
En face on voit la tour de la Géhenne signifiant dans la Bible l'Enfer ou la torture. Également grenier à sel du bailliage d'Auxois, on peut voir les traces laissées par le sel sur les murs.
L'ensemble des tours était couvert, cependant il existait un système de créneaux disposé en surplomb. Chaque tour était constituée de quatre niveaux dont le dernier était percé par de larges ouvertures permettant ainsi la mise en place d'échiffes.
Les courtines qui reliaient les tours entre elles ont pour la plupart disparu ou ont été transformées en habitation.
Elles formaient un chemin de ronde pourvu de créneaux qui permettait de surveiller les différents voies d'accès du site. Elles étaient doublées de tours carrées, que l'on peut voir sur le plan de Munster, elles faisaient office de portes pour le Donjon et étaient précédées par des fossés.
Etant donné l'étroitesse du site, portes, courtines et tours étaient aménagées et habitables. Une chapelle, une halle, un puits, que l'on voit encore, faisaient du Donjon un lieu de repli en cas de siège.
En nous retournant on voit une petite ruelle au bout de laquelle menant aux escaliers du Fourneau et à une des portes de la ville reliant les quartiers de l'Armançon avec le Donjon et le Bourg. Ce nom " Ecaliers du Fourneau "vient de la présence d'un four banal au Moyen- Age.
Rue Fevret
Place Notre Dame
A cet emplacement s'élevait une église romane édifiée en 1060 par Robert-le- Vieux, chef de la première race royale des Ducs de Bourgogne , en expiation du meurtre qu'il avait commis vers 1031à l'encontre de son beau-père Dalmace Ier.
La nouvelle église se construit à partir de 1225, les matériaux utilisés sont la pierre calcaire de Pouillenay et un calcaire bleuté assez particulier appartenant à l'étage Sinémurien dans lequel on trouve nombre de traces de gryphées et d'ammonites qui sert de dallage.
Les deux tours ont été plusieurs fois endommagées par des incendies et ont été reconstruites par Viollet-le-Duc au siècle dernier, dans la tour Barbe se trouve la cloche qui a été refondue à diverses reprises au cours des siècles. A côté se trouve la tour de l'Horloge. Au-dessus du parvis on peut voir les maisons des sonneurs de cloches, ce privilège était accordé aux vignerons qui tous les ans payaient un privilège pour sonner les cloches afin d'annoncer le début et la fin du travail dans les vignes et les champs.
L'église est accessible par 9 marches qui mènent au parvis.
Un portail fermait le parvis, mis en place en 1729 à l'instigation de l'abbé Morel pour empêcher les actes de vandalisme, on voit encore les gonds laissés par Viollet-le-Duc quant il fit supprimer le portail lors de la restauration de l'église .
En pénétrant dans la nef, il faut savoir que les trois dernières travées datent de la fin du XIVe, l'église commençait au niveau de la porte du cloître.
Celui-ci, de petite taille permettait de rejoindre le prieuré dans lequel vivait une petite communauté de moines Bénédictins.
On arrive vers la première chapelle, celle-ci est de forme gothique primitive sur laquelle a été greffée une ornementation de style Renaissance.
La sacristie est dotée de boiseries en chêne du XVIIIe sur lesquelles figurent les portraits des quatre évangélistes et des quatre docteurs de l'Église ( Saints Léon, Augustin, Jérôme et Ambroise).
La porte des Bleds
Dans les voussures est représenté le calendrier avec les douze mois de l'année symbolisés par les travaux de la terre. Pour le mois de Décembre, on voit un Janus ouvrant et fermant une porte en même temps, évoquant ainsi l'année qui se termine et celle qui commence. Dessous, nous voyons d'étranges personnages : un homme habillé de feuillages tenant le bras d'un moine et à côté un personnage assis au-dessus d'une colonne à l'instar des moines stylites. Sur une des colonnes deux escargots évoquent le symbole de la gastronomie bourguignonne. On voit également les restes d'un porche détruit en 1705 pour faciliter la circulation ! Ce porche permettait probablement l'accès à une ruelle qui rejoignait la rue Buffon. Un peu plus loin, on voit une niche qui servait à l'éclairage public au gaz.